Comptabilité des stocks : comptes, écritures et méthodes d’évaluation
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La comptabilité des stocks se joue souvent un 31 décembre au soir, entre un fichier de comptage et une balance qui refuse de tomber juste. Un écart de quelques milliers d’euros sur le stock final modifie directement le résultat de l’exercice, donc l’impôt et le besoin en fonds de roulement affiché au bilan. Comptabiliser les stocks correctement suppose de maîtriser trois éléments : les comptes du Plan comptable général (PCG), les écritures de clôture et la méthode d’évaluation retenue. Voici comment ces trois éléments de la comptabilité des stocks s’articulent en France, et ce qui change selon que vous tenez un inventaire intermittent ou permanent.
Que recouvrent les stocks en comptabilité ?
La comptabilité des stocks se lit à trois endroits des comptes annuels :
- au bilan, avec une valeur brute, les dépréciations éventuelles et une valeur nette ;
- au compte de résultat, sous la forme d’une variation de stocks entre l’ouverture et la clôture de l’exercice ;
- dans l’annexe, qui précise la méthode d’évaluation appliquée.
Le Plan Comptable Général (PGC) est publié par l’Autorité des normes comptables (ANC) dans son règlement n° 2014-03, mis à jour régulièrement. Ce que la littérature anglo-saxonne appelle inventory accounting correspond à notre comptabilité des stocks, mais sous d’autres référentiels (US GAAP, IFRS) dont certains choix ne sont pas transposables en France.
Les comptes de stocks du Plan comptable général
Les comptes de stocks forment la classe 3 du PCG, base de la comptabilité des stocks. Chacun possède sa contrepartie au compte de résultat, ce qui permet de comprendre l’écriture de clôture avant même de la passer.
| Compte de bilan | Contenu | Contrepartie au compte de résultat |
|---|---|---|
| 31 | Matières premières et fournitures | 6031 Variation des stocks de matières premières et fournitures |
| 32 | Autres approvisionnements (matières consommables, fournitures, emballages) | 6032 Variation des stocks des autres approvisionnements |
| 33 | En-cours de production de biens | 7133 Variation des en-cours de production de biens |
| 34 | En-cours de production de services | 7134 Variation des en-cours de production de services |
| 35 | Stocks de produits (intermédiaires, finis, résiduels) | 7135 Variation des stocks de produits |
| 37 | Stocks de marchandises | 6037 Variation des stocks de marchandises |
| 39 | Dépréciations des stocks et en-cours | 68173 (dotation) et 78173 (reprise) |
Ce repère simplifie la lecture : les stocks achetés (31, 32, 37) ont pour contrepartie un compte de charges 603, alors que les stocks produits par l’entreprise (33, 34, 35) ont pour contrepartie un compte de produits 713. Une hausse de stock réduit donc une charge dans le premier cas et augmente un produit dans le second, avec le même effet positif sur le résultat.
Comptabiliser les stocks à la clôture de l’exercice
Solder le stock initial, constater le stock final
Dans la comptabilité des stocks d’une PME, les achats sont enregistrés toute l’année en classe 6 (comptes 601, 602 ou 607) sans toucher aux comptes de stocks. Le compte 37 conserve ainsi, jusqu’à la clôture, la valeur du stock de l’exercice précédent. L’écriture d’inventaire se passe en deux temps :
- Sortie du stock initial : débit 6037, crédit 37, pour la valeur d’ouverture.
- Entrée du stock final : débit 37, crédit 6037, pour la valeur issue de l’inventaire.
Pour des produits finis, le sens est inversé : débit 7135 et crédit 35 pour le stock initial, puis débit 35 et crédit 7135 pour le stock final.
Lire la variation de stocks
Le solde du compte 603 correspond au stock initial moins le stock final. Pour des marchandises, on en déduit le coût d’achat des marchandises vendues : achats de l’exercice + stock initial moins stock final.
Exemple hypothétique :
Un négociant démarre l’exercice avec 8 000 € de marchandises, achète pour 95 000 € et compte 11 000 € de stock au 31 décembre. Le compte 6037 présente un solde créditeur de 3 000 €, et la charge réelle de l’exercice ressort à 92 000 €. Si le stock final avait été surévalué de 2 000 €, le résultat l’aurait été d’autant.
D’où l’attention que portent les commissaires aux comptes à la comptabilité des stocks, du comptage à la valorisation.
Évaluation des stocks : coût d’entrée et méthodes admises
Coût d’acquisition ou coût de production
En comptabilité des stocks, la valeur brute repose sur le coût, jamais sur son prix de vente : la marge ne se constate qu’au moment de la vente.
- Biens achetés (marchandises, matières, fournitures) : coût d’acquisition, soit le prix d’achat net de remises, rabais et escomptes, augmenté des frais directement attribuables comme le transport, les droits de douane ou la manutention.
- Biens fabriqués (produits finis, en-cours) : coût de production, soit les matières consommées, les charges directes et une quote-part des frais indirects de production.
Les frais administratifs généraux, les frais de commercialisation, les pertes et gaspillages restent en dehors de ce coût. Sur ces points, le BOFiP (Bulletin officiel des Finances publiques – Impôts) rappelle que comptabilité des stocks et fiscalité se rejoignent largement.
CMP ou PEPS pour les biens interchangeables
Pour un article identifiable individuellement (une machine spéciale, un véhicule), l’entreprise retient son coût réel : c’est l’identification spécifique. Pour des biens interchangeables (visserie, filtres, matières en vrac), le PCG admet deux méthodes, prévues à l’article 213-34 (remplacement de l’article 321-22) :
- le coût moyen pondéré (CMP), calculé en fin de période ou après chaque entrée ;
- le premier entré, premier sorti (la méthode PEPS, ou FIFO en anglais) : un stock peut être valorisé au PEPS même si les pièces ne sortent pas physiquement dans cet ordre.
Exemple hypothétique :
Un magasin de pièces détachées détient 100 filtres à 10 €, en achète 200 à 12 €, puis en sort 150.
| Résultat | PEPS | CMP |
|---|---|---|
| Coût unitaire des sorties | 100 filtres à 10 € puis 50 à 12 € | (1 000 € + 2 400 €) ÷ 300 = 11,33 € |
| Valeur des 150 sorties | 1 600 € | 1 700 € |
| Stock final (150 filtres) | 1 800 € | 1 700 € |
En période de hausse des prix, le PEPS valorise le stock final aux derniers prix d’achat et affiche un résultat un peu plus élevé ; le CMP lisse les variations. La comptabilité des stocks impose d’appliquer la méthode retenue de façon constante d’un exercice à l’autre et mentionnée dans l’annexe. Le PCG accepte aussi, pour des raisons pratiques, le coût standard ou la méthode du prix de détail, à condition que le résultat reste proche du coût réel.
Pourquoi la méthode DEPS (LIFO) est écartée en France
Le dernier entré, premier sorti (DEPS, ou LIFO) considère que les unités les plus récentes sortent en premier. Répandue aux États-Unis pour son effet fiscal en période d’inflation, elle ne figure pas parmi les méthodes prévues par le PCG pour les comptes individuels. L’administration fiscale la rejette également : le BOFiP refuse qu’une entreprise considère systématiquement comme sortis les articles les plus récents et les plus chers, ce qui reviendrait à constituer une provision occulte. La norme IAS 2 l’exclut aussi pour les comptes établis en IFRS. En comptabilité des stocks française, le choix se limite donc au CMP et au PEPS.
Inventaire intermittent ou permanent : deux façons de suivre les stocks
La méthode d’évaluation indique quel coût retenir ; le système d’inventaire détermine quand et comment ce coût entre dans la comptabilité des stocks. En France, on parle d’inventaire intermittent (le periodic inventory en anglais) et d’inventaire permanent (perpetual inventory).
| Critère | Inventaire intermittent | Inventaire permanent |
|---|---|---|
| Principe | Stock connu seulement après comptage | Chaque entrée et sortie enregistrée au fil de l’eau |
| Écritures | Achats en classe 6, régularisation par 603 ou 713 à la clôture | Mouvements suivis article par article sur une fiche de stock, souvent tenue dans un logiciel de gestion |
| Comptage physique | Obligatoirement à la date de clôture | Possible à une autre date, avec des inventaires tournants |
| Visibilité en cours d’année | Faible : marge et stock estimés | Quantités disponibles à tout moment |
| Profil type | TPE avec peu de références | Négoce, production, magasins de pièces détachées |
Dépréciation : quand et comment la constater ?
Lorsque la valeur actuelle d’un article (prix de vente probable net des frais de vente, ou cours du jour) passe sous son coût, une dépréciation s’impose. L’article 38-3 du Code général des impôts retient la même logique : prix de revient, ou cours du jour à la clôture s’il est inférieur. Cas typiques : articles abîmés ou périmés, références sans mouvement depuis plus d’un an, pièces liées à un équipement retiré du parc.
Dans la comptabilité des stocks, l’écriture suit un cycle annuel :
- dotation : débit 68173, crédit 39 (par exemple 397 pour des marchandises) ;
- l’année suivante : reprise de la dépréciation antérieure (débit 39, crédit 78173), puis nouvelle dotation si la perte de valeur persiste.
- Les vols et pertes ne relèvent pas de la dépréciation : ils réduisent le stock final compté.
Fiabiliser la comptabilisation du stock toute l’année
Une comptabilité des stocks n’est jamais plus fiable que les quantités qui l’alimentent. Les écarts découverts à la clôture naissent rarement au service comptable : une sortie non saisie, un consommable pris sans bon, une pièce mal rangée. La gestion des stocks en comptabilité commence donc sur le terrain, avec les règles décrites dans notre guide de la gestion des stocks.
Quelques pratiques réduisent ces écarts :
- attribuer à chaque article une référence unique et un emplacement ;
- enregistrer les sorties au moment où elles ont lieu, y compris les consommations internes de la maintenance ;
- programmer des inventaires tournants par zone plutôt qu’un comptage unique en fin d’année ;
- suivre la rotation des stocks et isoler tôt les références dormantes, candidates à une dépréciation.
Conclusion : quel dispositif retenir pour votre entreprise ?
Pour une petite structure avec peu de références et une rotation rapide, une comptabilité des stocks basée sur l’inventaire intermittent et un comptage soigné à la clôture reste généralement suffisante. Un suivi permanent se justifie dès que les références se comptent en centaines, que plusieurs sites partagent le même stock ou que les écarts d’inventaire pèsent sur le résultat. Côté évaluation, le CMP convient à la plupart des stocks techniques aux prix stables, le PEPS aux produits datés ou périssables. Dans tous les cas, une comptabilité des stocks solide repose sur la constance : même méthode chaque année, comptages documentés et dépréciations justifiées. Ce sont les trois points de la comptabilité des stocks examinés en priorité lors d’un audit ou d’un contrôle fiscal.
Foire aux questions sur la comptabilité des stocks
Non. En comptabilité des stocks, ceux-ci figurent à l’actif circulant du bilan, alors que les capitaux propres se trouvent au passif. Une variation de stock modifie en revanche le résultat, qui est ensuite affecté aux capitaux propres.
Oui. Le stock initial est soldé et le stock final constaté, même pour un montant égal. La variation est nulle, mais l’écriture atteste dans la comptabilité des stocks que l’inventaire a bien été réalisé et valorisé à la date de clôture.
Les pièces courantes, consommées rapidement, relèvent en général de la comptabilité des stocks, au compte 32 (autres approvisionnements). Les pièces de sécurité et les pièces de rechange principales, destinées à un équipement précis et utilisées sur plusieurs exercices, se comptabilisent plutôt en immobilisations. La frontière dépend des faits : elle se valide avec votre expert-comptable.
Oui, indirectement. En comptabilité des stocks, le stock n’est pas taxé en tant que tel, mais les achats encore en stock à la clôture ne sont pas déduits du résultat de l’exercice : ils le seront l’année où les biens seront vendus ou consommés. Un stock final élevé augmente donc le bénéfice imposable de l’année sans générer de trésorerie, puisque les fournisseurs ont déjà été payés.
Pas au sens de la comptabilité des stocks : aucune écriture de clôture n’est exigée. Le micro-entrepreneur n’établit ni bilan ni compte de résultat ; il tient un livre des recettes et, pour une activité de vente, un registre des achats. Suivre les quantités reste utile pour piloter la trésorerie et les commandes.
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