Méthodes de gestion des stocks : ABC, Kanban, PEPS… le guide
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Peu de sujets ont autant d’impact sur la santé financière d’une entreprise que la gestion des stocks. Les méthodes de gestion des stocks qui existent aujourd’hui sont variées, parfois complexes, et rarement universelles. Chaque entreprise a ses contraintes, son rythme, ses fournisseurs… et l’approche qui fonctionne pour l’une peut s’avérer inadaptée pour l’autre. Cet article vous aide à y voir plus clair.
Les méthodes de rotation des stocks : FIFO, LIFO, FEFO
FIFO / PEPS : premier entré, premier sorti
La méthode FIFO (First In, First Out), ou PEPS (premier entré premier sorti), consiste à sortir en priorité les articles entrés les premiers en stock. Autrement dit, la file d’attente avance dans l’ordre chronologique d’entrée.
Cela suppose une organisation physique du magasin qui facilite l’écoulement des anciens lots (racks, zones datées, emplacements dédiés), et souvent un suivi par lot ou numéro de série via codes-barres ou QR codes. Côté comptabilité, la valeur du stock restant reflète mieux les prix d’achat les plus récents, ce qui est pertinent dans un contexte d’inflation.
Cette méthode de gestion des stocks est particulièrement adaptée :
- Aux produits périssables : agroalimentaire, pharmaceutique, cosmétique
- Aux articles avec risque d’obsolescence rapide : composants électroniques, consommables techniques
- Aux entreprises qui veulent limiter les démarques et assurer une rotation régulière des stocks
LIFO / DEPS : dernier entré, premier sorti
La méthode LIFO (Last In, First Out), ou DEPS (dernier entré premier sorti), consiste à sortir en premier les articles les plus récemment entrés en stock. On parle d’une pile de produits : ce qui arrive en dernier repart en premier.
Dans la pratique, cette méthode est majoritairement utilisée :
- Pour la valorisation comptable du stock
- Dans certains contextes où les derniers lots sont réputés plus conformes ou plus performants (par exemple, matières premières très volatiles où l’on souhaite utiliser d’abord les plus récentes)
Sur le plan opérationnel, elle est moins courante que le FIFO, car elle peut augmenter les risques de péremption ou d’obsolescence sur les anciens lots.
Elle s’envisage donc plutôt pour :
- Des produits non périssables
- Des environnements où la volatilité des prix est forte et où l’on veut rapprocher le coût des ventes du coût des achats récents
- Point réglementaire important à connaître : la méthode LIFO est interdite par la norme IAS 2 Cette norme la rend inutilisable pour les comptes consolidés des entreprises européennes. Elle reste en revanche autorisée sous les normes comptables américaines US GAAP, ce qui explique qu'on la rencontre encore dans certains contextes américains ou dans des analyses comparatives internationales. En Europe, son usage est donc simplement théorique, mais n’est pas une méthode à suivre en France.
FEFO / PPPS : premier périmé, premier sorti
La méthode FEFO (First Expired, First Out), ou PPPS (premier périmé premier sorti), fait sortir en priorité les lots dont la date de péremption est la plus proche, quel que soit leur ordre d’entrée en stock. C’est une évolution plus fine du FIFO.
Elle requiert :
- Un suivi rigoureux des dates de péremption dans votre système
- Un étiquetage clair en entrepôt (dates visibles, codes couleur, alertes)
- Des alertes proactives pour éviter que des lots atteignent leur DLUO/DLC
FEFO est la méthode de gestion des stocks la plus adaptée pour :
- Les produits de santé : médicaments, dispositifs médicaux, consommables hospitaliers
- L’agroalimentaire avec des DLC courtes ou moyennes
- Les environnements réglementés où la traçabilité et la destruction maîtrisée des produits périmés sont critiques
La méthode de catégorisation des stocks : ABC
La méthode ABC, qui est la principale méthode de catégorisation des stocks, répond à une question : sur quels articles concentrer les efforts de pilotage des stocks ? Tout ne se suit pas avec le même niveau de finesse.
Méthode ABC : prioriser le portefeuille
Dans la pratique :
- Les articles A représentent une faible part du nombre de références (souvent 10–20%) mais une part très élevée de la valeur consommée (60–80%).
- Les articles B ont une importance intermédiaire.
- Les articles C sont nombreux, de faible valeur unitaire, et pèsent peu dans le budget global.
Cela permet d’appliquer des règles de gestion différenciées :
- A : suivi fin, inventaires tournants fréquents, stocks de sécurité calculés précisément, approvisionnements optimisés (EOQ, négociation fournisseurs).
- B : contrôle intermédiaire, paramétrage standard.
- C : gestion simplifiée, réapprovisionnement en lot, voire réapprovisionnement à la commande pour les très faibles rotations.
Les méthodes de déclenchement du réapprovisionnement
Point de commande (stock minimum)
La méthode du point de commande, ou stock minimum, déclenche une commande dès que le niveau de stock atteint un seuil prédéfini.
Ce seuil intègre généralement :
- La consommation moyenne pendant le délai de réapprovisionnement
- Un stock de sécurité pour couvrir les aléas (pics de demande, retards fournisseurs)
Souvent, point de commande = consommation moyenne durant le délai + stock de sécurité.
Cette méthode de gestion de stock est idéale pour :
- Des articles à rotation régulière
- Des environnements où les délais fournisseurs sont relativement stables
- Des entreprises souhaitant automatiser au maximum les réapprovisionnements (alertes ou commandes automatiques dès franchissement du seuil)
Réapprovisionnement calendaire
Le réapprovisionnement calendaire consiste à passer les commandes à intervalles fixes (hebdomadaire, mensuel, etc.), quelles que soient les variations de la demande entre deux dates.
Cette méthode est appréciée pour :
- Sa simplicité de mise en œuvre
- Les environnements où la demande est stable ou saisonnière bien connue
- Les entreprises qui privilégient des routines de commande et de réception bien calées (par exemple : “commande fournisseurs chaque lundi pour livraison le jeudi”).
En contrepartie, elle peut générer du surstock en cas de baisse de la demande entre deux cycles, ou des ruptures en cas de pic non anticipé. Elle s’utilise volontiers pour les articles C de la méthode ABC, où un léger surstock n’est pas critique.
Réapprovisionnement à la commande
Le réapprovisionnement à la commande consiste à ne lancer un achat que lorsqu’une commande client est enregistrée. Tant qu’il n’y a pas de demande, il n’y a pas de stock.
Cette approche est pertinente pour :
- Des stocks à forte valeur ou à faible rotation
- Des produits très spécifiques ou personnalisés
- Des environnements où les délais acceptables par le client permettent d’attendre l’approvisionnement
Les méthodes de dimensionnement et de flux tiré
Quantité économique de commande : le modèle de Wilson
Le modèle de Wilson, aussi connu sous les noms de QEC ou EOQ (Economic Order Quantity), calcule la quantité économique de commande qui minimise le coût total annuel de stockage et de passation de commandes.
Il cherche l’équilibre entre :
- Coûts de commande (administratif, transport, réception)
- Coûts de possession (stockage, capital immobilisé, obsolescence)
Le QEC est le bon choix pour les entreprises :
- Aux stocks dont la demande est relativement stable
- Aux environnements où les coûts de commande sont significatifs
- Aux entreprises prêtes à formaliser quelques hypothèses chiffrées (demande annuelle, coût de commande, coût de stockage unitaire)
En pratique, on l’utilise souvent pour les articles de classe A ou B, et on laisse une gestion plus simple (réapprovisionnement en lot, stock maximum, etc.) pour les articles C.
Comment calculer la quantité économique de commande (EOQ) ?
Le quantité économique de commande se base sur trois données :
- la demande annuelle
- le coût de commande (par ordre)
- le coût de possession par unité et par an
Formule de la quantité économique de commande
- QEC : Quantité économique de commande, soit la quantité optimale à commander à chaque fois
- D = demande annuelle du produit
- K = coût fixe de passation d’une commande par commande (coûts administratifs, de suivi, etc.)
- H = coût de possession annuel d’une unité en stock par unité et par an (coût de stockage, financier, assurance, casse, etc.)
Exemple de calcul de la quantité économique de commande (QEC)
Exemple fictif, appliqué à un stock de bouteilles de vin nature.
Données :
- D = 18 000 bouteilles/an
- K = 75 € par commande
- p_u (prix unitaire) = 5 € / bouteille
- t = 20% (0,20)
Coût de possession par unité :
H = t × p_u = 0,20 × 5 = 1 € / bouteille / an
Calcul :
QEC = √( (2 × D × K) / (t × p_u) )
QEC = √( (2 × 18 000 × 75) / 1 )
QEC ≈ 1 640 bouteilles
Recomplètement au stock maximum
Le réapprovisionnement au stock maximum consiste à définir un niveau cible (stock maximum) et à commander la quantité nécessaire pour remonter à ce niveau dès qu’un seuil bas est franchi.
Par exemple :
- Stock max : 500 unités
- Seuil de commande : 200 unités
- Niveau actuel : 180 unités
→ Il faut commander 320 unités pour revenir à 500.
Cette méthode de gestion des stocks est bien adaptée :
- Aux réseaux multi-sites (entrepôts, agences, chantiers) où l’on “alimente” des points de consommation jusqu’à un niveau cible
- Aux articles à demande fluctuante, car la quantité commandée varie en fonction du stock réel au moment du déclenchement
- Aux contextes où le réapprovisionnement se fait par tournées régulières
Réapprovisionnement à quantité fixe
La méthode de réapprovisionnement à quantité fixe consiste à systématiquement commander la même quantité prédéfinie dès que le stock atteint le point de commande.
Elle offre plusieurs avantages :
- Grande simplicité de paramétrage
- Meilleure prévisibilité pour les transporteurs et les fournisseurs
- Facilité d’intégration dans les outils de logiciel de gestion des stocks ou les ERP
Elle est bien adaptée pour :
- Les articles à consommation régulière
- Les produits pour lesquels les fournisseurs imposent des quantités minimales ou des multiples de commande
- Les environnements où la capacité de stockage par emplacement est standardisée (bacs, palettes complètes, etc.)
Les méthodes de gestion de gestion des stocks à flux tiré : JAT et Kanban
Juste-à-Temps (JAT / JIT)
La méthode juste-à-temps (JAT ou JIT) vise à réduire les stocks au strict minimum en produisant ou livrant juste ce qu’il faut, au moment où il le faut. Cette approche s’inscrit dans le lean management : élimination des gaspillages, flux continus, réduction des temps d’attente.
Pour fonctionner, le JAT demande :
- Une fiabilité élevée des fournisseurs (délais, qualité)
- Une logistique interne très synchronisée (poste à poste, atelier à atelier)
- Un suivi temps réel des consommations et des encours, idéalement par codes-barres ou QR codes connectés à un système central
Le Juste-à-Temps est particulièrement adapté :
- Aux environnements industriels à forte répétitivité (automobile, appareillage, électronique)
- Aux entreprises ayant travaillé leur chaîne logistique pour limiter les aléas (fournisseurs proches, lead time court, processus maîtrisés)
- Aux sites où la surface de stockage est très contrainte
Méthode Kanban
La méthode Kanban est une mise en œuvre concrète du JAT et des flux tirés. Elle repose sur des cartes attachées aux produits, qui circulent et lancent le réapprovisionnement dès qu’une quantité donnée est consommée.
La méthode Kanban convient :
- À des flux répétitifs et stables
- À des chaînes de production où la visualisation des flux est clé : panneaux Kanban, écrans, dashboards temps réel
- Aux sites qui souhaitent réduire les temps de changement et fluidifier les réapprovionnements internes
Tableau comparatif des méthodes de gestion des stocks
Le tableau ci-dessous présente une synthèse des principales méthodes de gestion des stocks évoquées, ainsi que leurs cas d’usage privilégiés.
| Méthode | Logique principale | Cas d’usage |
|---|---|---|
| PEPS / FIFO | Sortir les premiers entrés en premier | Produits périssables, risques d’obsolescence, distribution |
| PPPS / FEFO | Sortir les premiers périmés en premier | Pharmaceutique, santé, agroalimentaire réglementé |
| Méthode ABC | Classer les articles selon valeur annuelle | Portefeuilles larges, priorisation des efforts de pilotage |
| Point de commande | Commander à partir d’un seuil minimum | Articles à demande régulière, automatisation des réappros |
| Réapprovisionnement calendaire | Commander à dates fixes | Demande stable, routines d’achat et réception |
| Réapprovisionnement à la commande | Commander uniquement sur commande client | Faible rotation, produits sur-mesure, forte valeur unitaire |
| EOQ / modèle de Wilson | Optimiser la quantité économique de commande | Articles A/B, coûts de commande significatifs |
| Stock maximum | Remonter jusqu’à un niveau cible | Multi-sites, tournées de réapprovisionnement |
| Quantité fixe | Toujours commander la même quantité | Consommation régulière, contraintes de lot fournisseur |
| Juste-à-Temps (JIT/JAT) | Produire “au dernier moment” selon la demande réelle | Industrie répétitive, logistique très fiable |
| Méthode Kanban | Kanban matériel/numérique, flux tiré visuel | Flux internes stables, ateliers et maintenance |
Foire aux questions : les méthodes de gestion des stocks
On distingue quatre grandes familles de méthodes de gestion des stocks :
- Les méthodes de rotation : FIFO / PEPS, LIFO / DEPS, FEFO / PPPS
- Les méthodes de catégorisation, comme la méthode ABC
- Les méthodes de déclenchement du réapprovisionnement : point de commande, réapprovisionnement calendaire, réapprovisionnement à la commande
- Les méthodes de dimensionnement et de flux tiré : quantité économique de commande ou modèle de Wilson, stock maximum, quantité fixe, Juste-à-Temps (JIT), méthode Kanban
La gestion des stocks et des approvisionnements consiste à piloter l’ensemble du cycle de vie des stocks :
- L’entrée en stock (achats, réceptions, retours, production)
- Le stockage (emplacements, traçabilité, valorisation, inventaires)
- La sortie (ventes, consommations internes, maintenance, chantiers)
- Le réapprovisionnement (définition des seuils, quantités, délais et règles de commande)
L’objectif est de disposer de la bonne quantité, au bon endroit et au bon moment, tout en maîtrisant les coûts d’achat, de stockage et de rupture.
Pour bien gérer son stock, l’enjeu est moins de choisir une méthode « parfaite » que de structurer progressivement son approche autour de ces principes clés :
- Cartographier l’ensemble des stocks et appliquer la méthode ABC pour identifier les références A/B les plus critiques
- Choisir une méthode de rotation adaptée (souvent FIFO ou FEFO) pour les produits sensibles (péremption, obsolescence).
- Définir des règles de réapprovisionnement adaptées à chaque type de stock :
- point de commande pour les références à rotation régulière
- réapprovisionnement à la commande pour les produits à faible rotation
- Dimensionner les quantités de commande avec des approches simples (quantité fixe, stock maximum) ou plus avancées (modèle de Wilson / quantité économique de commande) sur les références les plus coûteuses.
- Outiller les processus avec un logiciel de gestion des stocks aussi efficace et complet que Timly, pour centraliser les données, suivre les mouvements de stocks et faire l’inventaire par QR code rapidement grâce à l’application pour inventaire.