Les sujets de cet article

Dans les contextes de transformation des entreprises, une question s’impose systématiquement : de quelles compétences dispose réellement votre entreprise, et lesquelles manquent pour atteindre vos objectifs ? La matrice des compétences répond précisément à cette question en offrant une vision structurée et objectivée des talents présents dans les équipes. Elle permet de piloter la formation, les mobilités internes et les recrutements, en s’appuyant sur des données factuelles. Dans cet article, vous découvrirez ce qu’est une matrice de compétences et comment la construire.

Qu’est-ce qu’une matrice des compétences ?

Elle s’inscrit dans une démarche plus globale de gestion des compétences et des formations en tant que référentiel partagé entre RH, managers et collaborateurs. Elle facilite le dialogue autour des attentes métier, des besoins de montée en compétence et des perspectives d’évolution. Elle peut aussi être déclinée au niveau d’un projet, d’un département ou de l’entreprise entière, selon la maturité de votre organisation.

Pourquoi la mettre en place ?

Mettre en place une matrice des compétences offre bon nombre d’avantages, parmi lesquels :

  • Alignement des compétences sur la stratégie d’entreprise (projets, nouveaux marchés, digitalisation).
  • Identification rapide des manques critiques sur des postes clés ou des technologies stratégiques.
  • Priorisation des plans de formation sur les écarts les plus impactants.
  • Objectivation des décisions de mobilité interne et des parcours de carrière.
  • Meilleure anticipation des besoins de recrutement, en s’appuyant sur une vision consolidée des compétences disponibles.Pour les managers, la matrice des compétences est un support très concret de pilotage d’équipe. Elle sert à organiser les remplacements, répartir les tâches en fonction des forces de chacun, ou encore constituer des équipes projet équilibrées.

Pour les RH, elle facilite la construction de plans de développement individuels et collectifs cohérents, appuyés par des données mesurables.

Matrice des compétences vs autres outils RH

Dans de nombreuses entreprises, la matrice des compétences coexiste avec d’autres référentiels : fiches de poste, grilles d’évaluation annuelle, plans de formation, etc. Là où une fiche de poste décrit les missions et responsabilités, la matrice des compétences se concentre sur les savoir-faire nécessaires et leur niveau de maîtrise.

Elle se distingue également d’autres grilles comme la matrice RACI, qui répartit les rôles et responsabilités sur un processus sans détailler les compétences requises.

En réalité, tout se complète : la matrice des compétences s’appuie sur les fiches de poste pour identifier les attentes, puis nourrit les entretiens annuels, les plans de succession et les feuilles de route de formation. L’enjeu est de garder une cohérence entre ces différents documents, en travaillant sur une nomenclature de compétences commune.

Les 5 étapes pour construire une matrice des compétences

La création d’une matrice des compétences efficace repose sur une démarche structurée, co-construite entre RH, managers et, idéalement, collaborateurs. Voici un déroulé en cinq grandes étapes.

Définir le périmètre et les objectifs

Avant de la construire, commencez par clarifier sa base.

Pour cela, déterminez son périmètre :

  • Équipe spécifique
  • Service entier
  • Population métier (par exemple, les techniciens terrain)
  • Intégralité de l’entreprise…
En parallèle, précisez vos objectifs : mieux cibler la formation, sécuriser une montée en charge projet, structurer les parcours d’évolution, préparer une réorganisation… Ces objectifs guideront la granularité de votre matrice, le détail des compétences retenues et le niveau d’effort que vous pourrez y consacrer.

Identifier les compétences clés à cartographier/strong>

L’étape suivante consiste à lister les compétences essentielles pour le périmètre retenu. Celles-ci peuvent être regroupées en grandes catégories.

Par exemple :

  • Compétences techniques métier
  • Compétences transverses
  • Compétences digitales
  • Compétences comportementales
  • Langues
  • Certifications…
L’objectif est de couvrir ce qui est réellement déterminant pour la performance. Pour réussir cette étape, associez les managers de terrain, qui connaissent finement les exigences opérationnelles. Vous pouvez partir des fiches de poste, de vos standards métiers, ou d’un dictionnaire de compétences existant, puis affiner à l’aide d’ateliers ou d’entretiens.

Définir une échelle de niveaux de maîtrise

Une matrice de compétences repose sur une échelle de notation compréhensible et partagée. Dans beaucoup d’entreprises, on retrouve une échelle de 0 à 4 ou de 1 à 5, allant de « aucune maîtrise » à « expertise reconnue ».

Par exemple :

  • 0 = pas de connaissance
  • 1 = notions théoriques
  • 2 = autonomie partielle
  • 3 = bonne maîtrise
  • 4 = référent.e/expert.e
Ce qui compte, c’est de décrire précisément et factuellement les comportements associés à chaque niveau, afin de réduire la part de subjectivité lors des évaluations. Ces définitions servent ensuite de repère lors des entretiens entre manager et collaborateur, et peuvent être intégrées dans vos supports d’évaluation RH.

Évaluer les employé.e.s

Une fois la structure posée, vous pouvez passer à l’évaluation des compétences de chaque employé.e et au remplissage final de la matrice.

Cette phase combine généralement plusieurs étapes :

  • Auto-évaluation
  • Évaluation par le manager
  • Optionnel : Avis croisés (pair, expert métier).

Pour chaque personne, vous attribuez un niveau de maîtrise sur chaque compétence identifiée. Certaines entreprises ajoutent un second niveau pour le « niveau attendu » ou « niveau cible », ce qui permet de visualiser immédiatement les écarts à combler. Ces données deviennent la base de vos plans de développement individuels et collectifs.

L’objectif : obtenir une photographie la plus juste possible du niveau actuel, sans chercher la perfection immédiate.

Exploiter et (surtout) faire vivre la matrice des compétences

Une matrice des compétences n’a de valeur que si elle est utilisée et mise à jour régulièrement.

Pour cela, préparez son évolution en mettant en place ces processus :

  • Planifiez des revues périodiques (par exemple annuelles ou semestrielles) pour actualiser les niveaux suite à des formations, des changements de poste ou de nouvelles responsabilités.
  • Intégrez-la dans vos rituels RH (comités talents, préparation des entretiens annuels, revues de projet) pour en faire un outil vivant.

Exemple d’une matrice de compétences sous forme de tableau

Pour illustrer concrètement le fonctionnement, voici un exemple de matrice des compétences simplifiée (en l’occurence, pour une équipe de service client).
Employé.eCompétenceNiveau actuel
(0–4)
Niveau cible
(0–4)
Commentaires principaux
CélesteDiagnostic incidents34Solide sur les cas courants, approfondir les scénarios complexes.
CélesteCommunication client44Référente pour les situations sensibles.
CélesteSystème de ticketing34Besoin d’optimiser l’utilisation des rapports.
OskarDiagnostic incidents23Monter en autonomie sur les demandes urgentes.
OskarCommunication client23Coaching à prévoir sur la gestion des objections.
OskarOutil de ticketing33Maîtrise satisfaisante pour sa fonction actuelle.
SelmaDiagnostic incidents44Profil expert, à positionner comme mentor.
SelmaCommunication client34Développement vers un rôle de référente relation client.
SelmaSystème de ticketing44Très bonne maîtrise des fonctionnalités avancées.
Cet exemple fictif montre comment combiner employé.e.s, compétences, niveaux actuels et cibles dans un même tableau. Vous pouvez bien sûr enrichir cette base en ajoutant des colonnes supplémentaires (priorité de développement, actions prévues, échéances…).

Les bonnes pratiques de la matrice des compétences

L'image représente deux employés souriants. Ils regardent une matrice des compétences sur la tablette digitale tenue par l'employée.

Mettre en place une matrice de compétences est une chose ; en faire un outil utile et accepté par tou.te.s en est une autre…

Ces quelques bonnes pratiques peuvent faire la différence :

  • Co-construction avec le terrain : impliquez les managers et, si possible, des représentants métier pour renforcer l’appropriation.
  • Pédagogie auprès des équipes : expliquez l’objectif de la matrice des compétences, son usage et les bénéfices pour les collaborateurs (visibilité, développement).
  • Limitation du nombre de compétences : privilégiez la qualité à la quantité pour garder une matrice lisible et exploitable.
  • Mise à jour régulière : inscrivez l’actualisation dans vos rituels (entretiens, bilan de formation, revue projet).

Exploitation active : utilisez la matrice pour vos décisions RH et managériales afin de montrer qu’elle a un impact concret.

Foire aux questions : la matrice des compétences

Dans les RH, la matrice de compétences est un outil visuel de pilotage qui cartographie les compétences détenues par les collaborateurs et celles attendues par l’entreprise. Elle sert à cartographier les compétences disponibles dans une équipe ou un service, à identifier les écarts avec les compétences attendues et à orienter les plans de formation, de mobilité et de recrutement.

Dans le monde professionnel, on distingue quatre grandes familles de compétences :

  • Les compétences techniques (hard skills) : savoir-faire spécifiques à un métier, une technologie, un outil ou un procédé.
  • Les compétences comportementales (soft skills) : attitudes et façons d’agir, comme la communication, l’adaptabilité, la gestion du stress.
  • Les compétences transversales : aptitudes génériques mobilisables dans différents métiers ou contextes (organisation, travail en équipe, résolution de problèmes).
  • Les compétences transférables : compétences que l’on peut réutiliser d’un poste à un autre au sein d’une même famille professionnelle (gestion de projet, management, etc.).

Pour créer une matrice de compétences, définissez d’abord le périmètre et les compétences clés, choisissez une échelle de niveaux (par exemple de 0 à 4), évaluez chaque collaborateur puis renseignez le tableau et mettez-le à jour régulièrement.

  • La fiche de poste décrit les missions, responsabilités et objectifs du poste
  • La matrice des compétences détaille les compétences nécessaires et leur niveau de maîtrise pour les collaborateurs qui occupent ce poste.

Il est recommandé de mettre à jour la matrice de compétences au moins une fois par an, et idéalement après les grandes étapes de formation, de changement de poste ou de lancement de nouveaux projets qui impactent les compétences.