Les risques électriques au travail provoquent des accidents rares mais souvent graves, alors que l’électricité reste une énergie que chacun tient pour maîtrisée. Savoir ce que recouvre le risque électrique selon la réglementation française, connaître ses différents types et ce que la loi impose pour le réduire est la première étape pour agir.

Cet article distingue systématiquement trois niveaux : ce qu’impose le Code du travail, ce que précise la norme NF C 18-510, et ce que cela implique en pratique pour une entreprise.

Qu’est-ce que le risque électrique ?

Le Code du travail ne donne pas de définition unique du risque électrique (aussi appelé danger électrique). Les articles R. 4215-1 et suivants, qui encadrent la conception des installations, visent quatre catégories de dommages relatives aux risques électriques.

Les quatre catégories de dommages relatives aux risques électriques :

  • le choc électrique par contact direct ou indirect,
  • la brûlure,
  • l’incendie d’origine électrique
  • et l’explosion d’origine électrique.

Il est utile de distinguer les textes qui sont souvent confondus :

  • Les articles R. 4226-1 à R. 4226-21 portent sur l’utilisation, la vérification et la maintenance électrique des installations électriques des lieux de travail.
  • Les articles R. 4544-1 et suivants, issus du décret n° 2010-1118 du 22 septembre 2010, traitent spécifiquement des opérations effectuées sur ces installations ou dans leur voisinage.

Les types de risques électriques au travail et leurs conséquences

Tous les dangers électriques n’agissent pas de la même façon sur une personne et n’appellent pas les mêmes mesures. Deux termes reviennent dans les comptes rendus d’accident : l’électrisation désigne le passage du courant à travers le corps, avec des blessures plus ou moins graves, et l’électrocution le cas où ce passage entraîne la mort.

Contact direct et indirect

Le contact direct se produit en touchant un élément habituellement sous tension, un conducteur dénudé ou une pièce nue dans un coffret.
Le contact indirect survient en touchant une masse métallique mise accidentellement sous tension par un défaut d’isolement, la carcasse d’une machine par exemple, sans que la personne sache que cet élément conduit le courant à ce moment précis.

Cette distinction n’est pas seulement terminologique. Le contact indirect surprend l’opérateur précisément parce que l’élément ne devrait pas être sous tension, ce qui explique le rôle des protections prévues dès la conception : mise à la terre des masses couplée à une coupure automatique de l’alimentation, double isolation ou très basse tension. Sur les chantiers, où les installations provisoires sont fréquentes, ce risque demande une attention particulière.

Arc, incendies et explosions

L’arc électrique se produit lorsqu’une décharge s’amorce entre deux points de potentiels différents sans contact physique. Il projette des particules en fusion et peut provoquer des brûlures graves à distance, ainsi que des lésions oculaires liées à l’intensité lumineuse.

S’y ajoutent les incendies et les explosions d’origine électrique. L’ordre de grandeur le plus cité est celui de l’Observatoire national de la sécurité électrique (ONSE), repris par l’INRS : environ un quart des incendies auraient une origine électrique. Le baromètre ONSE 2024 retient, pour les seuls incendies d’habitation, une fourchette de 20 à 35 %. Il n’existe pas de statistique équivalente consolidée pour les seuls lieux de travail, et ces chiffres doivent donc être lus comme un ordre de grandeur, non comme une donnée sectorielle. Les causes principales identifiées restent les mêmes : échauffement des câbles par surcharge, court-circuit, défaut d’isolement, connexions mal serrées ou oxydées, foudre et décharges électrostatiques.

Dans les zones à risque d’explosion, toute installation électrique constitue une source potentielle d’inflammation, ce qui impose du matériel conçu et installé selon des modes de protection normalisés.

Risques électriques au travail : le cadre réglementaire en vigueur

Ce que dit le Code du travail

Le Code du travail fixe les obligations de prévention : supprimer le risque d’origine électrique ou, à défaut, le réduire autant qu’il est possible. Il ne décrit pas les gestes techniques à accomplir ni, opération par opération, les modalités pratiques d’intervention.

Ce que précise la NF C 18-510

L’article R. 4544-3 renvoie la définition des opérations et les « modalités recommandées pour leur exécution » à des normes homologuées dont les références sont publiées au Journal officiel. La NF C 18-510 est la principale d’entre elles pour les installations électriques ; la NF C 18-550 couvre les véhicules et engins à énergie électrique embarquée.

Risques électriques au travail : les obligations de l’employeur

L’article R. 4544-4 impose à l’employeur de définir et de mettre en œuvre des mesures de prévention supprimant ou réduisant autant que possible le risque d’origine électrique lors des opérations sur les installations ou dans leur voisinage. Il s’assure notamment que les travaux sont effectués hors tension, sauf impossibilité technique ou lorsque l’évaluation des risques montre que les conditions d’exploitation rendent la mise hors tension dangereuse.
Ces mesures s’appuient sur l’évaluation des risques au travail, retranscrite dans le document unique d’évaluation des risques professionnels (DUERP) et non sur une appréciation intuitive de ce qui paraît dangereux.

L’employeur qui utilise des installations électriques doit par ailleurs les maintenir en conformité, en assurer la maintenance et les faire vérifier, conformément à l’article R. 4226-5.

Les vérifications des installations électriques

Il existe trois types de vérifications des installations électriques, et elles ne mobilisent pas les mêmes intervenants :

  1. La vérification initiale, à la mise en service ou après modification de structure, réalisée par un organisme accrédité, conformément aux articles R. 4226-14 et R. 4226-15.
  2. La vérification périodique, prévue par l’article R. 4226-16, réalisée soit par un organisme accrédité, soit par une personne qualifiée appartenant à l’entreprise. La compétence de cette personne est appréciée par l’employeur selon les critères fixés par arrêté, conformément à l’article R. 4226-17.
  3. La vérification effectuée sur demande de l’inspection du travail, prévue à l’article R. 4722-26 et conduite selon les mêmes méthodes qu’une vérification initiale.

Formation et habilitation des travailleurs

Les opérations sur les installations électriques ou dans leur voisinage ne peuvent être effectuées que par des travailleurs habilités, conformément à l’article R. 4544-9.

L’habilitation est la reconnaissance, par l’employeur, de la capacité d’une personne placée sous son autorité à accomplir en sécurité les tâches qui lui sont confiées. Elle suppose une formation théorique et pratique préalable, adaptée aux opérations prévues, la remise d’un carnet de prescriptions et la délivrance d’un titre nominatif, conformément à l’article R. 4544-10.

Ce qui a changé depuis 2025

Le décret n° 2025-355 du 18 avril 2025 a remplacé le suivi individuel renforcé par une attestation d’absence de contre-indications médicales. Cette attestation est délivrée par le médecin du travail à l’issue d’un examen qu’il réalise lui-même et elle est valable cinq ans.

Elle conditionne la validité de l’habilitation des travailleurs affectés à des travaux sous tension ou à des travaux et interventions d’ordre électrique au voisinage de pièces nues sous tension. Les avis d’aptitude délivrés avant l’entrée en vigueur de cette règle en tiennent lieu pendant cinq ans à compter de leur délivrance.

Comprendre les symboles d’habilitation

Le titre d’habilitation porte un symbole qui délimite ce que le salarié peut faire.

  • Le premier caractère indique le domaine de tension :
    • B pour la basse tension
    • H pour la haute tension.
  • Le second indique le type d’opération :
    • 0 pour les opérations d’ordre non électrique
    • 1 pour l’exécutant
    • 2 pour le chargé de travaux
    • C pour la consignation
    • R pour l’intervention générale en basse tension
    • S pour l’intervention élémentaire
  • Des attributs complètent le symbole :
    • V pour le voisinage renforcé
    • T pour les travaux sous tension

Exemples

Un salarié habilité B0 peut pénétrer dans un local électrique pour réaliser une tâche sans rapport avec l’électricité, mais il ne remplace pas un chargé de travaux B2V.

De même, un titulaire BS peut réaliser une mise hors tension pour son propre compte sur un périmètre limité. Cette opération ne constitue pas une consignation au sens de la norme.

Durée de validité de l’habilitation

  • L’INRS et la NF C 18-510 recommandent un recyclage de la formation tous les trois ans, ramené à deux ans en cas de pratique occasionnelle et à un an pour les travaux sous tension.
  • L’INRS recommande également un examen annuel de l’adéquation du titre à l’activité exercée par le salarié.

Dans ce cadre, voici les 3 échéances à suivre :

  1. Le recyclage de la formation
  2. La revue annuelle de l’adéquation du titre
  3. La validité de l’attestation médicale lorsqu’elle est requise)

La procédure de consignation pour travailler hors tension

Ce que dit le Code du travail

L’article R. 4544-5 exige que la partie d’installation concernée soit préalablement identifiée et consignée, de telle façon qu’aucune tension ne subsiste, n’apparaisse ou ne réapparaisse pendant toute la durée des travaux, et que la tension ne puisse être rétablie qu’après déconsignation et sans risque. Le Code ne détaille pas les étapes.

Ce que précise la NF C 18-510

La norme NF C 18-510 décrit la procédure. Elle est générament présentée en cinq opérations, après une pré-identification de l’ouvrage :

  1. Séparation de l’installation de toutes ses sources d’alimentation, y compris le neutre, par un dispositif assurant une séparation certaine (sectionneur, retrait de fusibles, dépose de ponts, débrochage).
  2. Condamnation des organes de séparation en position ouverte. Elle associe deux éléments : un blocage mécanique, par cadenassage par exemple, et une signalisation apposée sur l’organe indiquant l’interdiction de manœuvrer, avec l’identité de l’auteur de la consignation et la date. L’objectif est d’empêcher une remise sous tension par un tiers non averti.
  3. Identification de la partie d’installation concernée, à partir des schémas, des repérages et du suivi des canalisations, pour être certain d’intervenir au bon endroit. La vérification d’absence de tension ne remplace pas cette étape.
  4. Vérification d’absence de tension (VAT) au plus près du lieu de travail, sur tous les conducteurs actifs, avec un dispositif normalisé dédié testé immédiatement avant et après la mesure. Les appareils de mesure ne conviennent pas.
  5. Mise à la terre et en court-circuit (MALT/CC) des parties concernées, le raccordement à la terre étant réalisé en premier.

La norme NF C 18-510 prévoit deux modalités :

  • une consignation en une étape, entièrement réalisée par le chargé de consignation,
  • et une consignation en deux étapes, où le chargé de consignation effectue la séparation et la condamnation, le chargé de travaux prenant à son compte l’identification, la VAT et, le cas échéant, la MALT/CC.

En pratique :

Tant que la procédure n’est pas menée à son terme, la partie concernée se traite comme si elle était sous tension, même si le disjoncteur a été manœuvré. L’erreur classique consiste à considérer la coupure comme acquise sans vérifier réellement l’absence de tension, notamment lorsque des sources secondaires, une alimentation de secours ou des circuits conservant une charge après coupure entrent en jeu.

Risques électriques au travail : que faire si votre entreprise est exposée ?

Si votre entreprise exploite des installations ou des équipements électriques, le point de départ consiste à identifier où se situe le risque électrique à l’intérieur de l’évaluation des risques au travail, plutôt que de le traiter comme un chapitre à part réservé aux électriciens.

Trois actions font ensuite la différence : mener les interventions hors tension chaque fois que c’est possible, en respectant la procédure de consignation et les conditions propres à chaque installation ; suivre les habilitations du personnel autorisé avec leurs trois échéances distinctes, au lieu de les considérer comme acquises une fois pour toutes ; et documenter aussi bien ces habilitations que les vérifications d’EPI et d’installations, de manière à pouvoir les présenter à tout moment lors d’un contrôle.

Foire aux questions sur les risques électriques au travail

Il faut couper le courant avant de toucher la victime ; s’il est impossible d’accéder au dispositif de coupure, la dégager à l’aide d’un matériau isolant (perche isolante, planche sèche), jamais directement avec les mains. Alerter immédiatement les secours (15, 18 ou 112) et appliquer le protocole de premiers secours de l’entreprise, avec l’intervention d’un sauveteur secouriste du travail (SST), jusqu’à l’arrivée des secours spécialisés.

La périodicité des vérifications réglementaires est fixée par le Code du travail (articles R. 4226-14 à R. 4226-20 et arrêté du 26 décembre 2011), et non par la réglementation relative aux opérations sur les installations électriques (décret n° 2010-1118, norme NF C 18-510). Elle est en principe annuelle, avec une possibilité de porter le délai à deux ans sous certaines conditions.

Oui. Au-delà des risques de contact direct, de contact indirect et d’arc électrique, l’électricité statique est traitée au titre de la réglementation ATEX : les articles R. 4227-42 et suivants du Code du travail imposent de prévenir les sources d’inflammation, dont les décharges électrostatiques, dans les emplacements présentant un risque d’incendie ou d’explosion.

Les gants isolants (norme NF EN 60903), choisis selon la classe de tension et le type d’opération. Ils ne doivent jamais constituer l’unique protection : comme le rappelle l’INRS, ils sont généralement associés à des sous-gants et à des surgants de protection mécanique, et font l’objet de vérifications périodiques conformément aux instructions du fabricant.